L'assurance vie est un placement défiscalisé, jouissant notamment d'avantages fiscaux en cas de succession. Les prélèvements sociaux (12,3 %) sont payables sur tous les gains. Le prélèvement forfaitaire libératoire (PFL) pour les contrats rachetés avant quatre ans, 35 %, donne donc un taux d'imposition de 47,3 %, qui devrait probablement être déclaré contraire aux droits de l'homme. Entre quatre et huit ans, le taux est proche de la normale (15 % de PFL au lieu de 19 %). Ce n'est qu'au-delà de huit ans que le prélèvement libératoire chute vraiment, pour tomber à zéro, ou 7,5 % pour des intérêts supérieurs à 4 600 € par an (le double pour un couple marié). Un rendement brut de 4,5 % donne donc un rendement net de 2,3 % pour un contrat racheté avant quatre ans, 3,3 % entre quatre et huit ans et 3,9 % après huit ans.
Il existe deux types de supports pour l'assurance vie : en euros et en unités de comptes (UC). Les contrats en euros ressemblent plutôt à des livrets d'épargne ou des comptes à terme en ceci qu'ils servent un taux d'intérêt assez régulier et qu'il n'y a pas de risque pour le capital (en revanche, le taux n'est connu que rétrospectivement). Les contrats en unités de compte sont plus proches des OPCVM. Il est donc plus utile de comparer chaque support à ses concurrents directs plutôt que de les comparer l'un à l'autre.
Les banques et courtiers qui vendent des assurances vie ne sont que des intermédiaires. Le contrat est en fait géré par un assureur ; et comme il y a beaucoup plus d'intermédiaires que d'assurances, beaucoup de contrats sont en fait les mêmes (par exemple la Caisse Nationale de Prévoyance, CNP, fournit la Caisse d'Épargne et la Poste). C'est pourquoi on voit souvent revenir les mêmes chiffres quand on compare les rendements. Suravenir, e-Compagnie (Generali) et ACMN sont omniprésents (la figure 1 donne leur rendement sur au moins ces dix dernières années).
Figure 1 : Rendement net d'impôts de contrats d'assurance vie en euros, sur quatre ans (a) et huit ans (b). |
Il faut noter que les grandes banques prélèvent souvent des frais d'entrée (de l'ordre de 5 % sur tous les versements) : le rendement de telles assurances vie ne concurrence le livret A que si on bloque l'argent pendant huit ans —voir le cas de la Caisse Nationale de Prévoyance sur la figure 1(b)—, alors qu'avec un contrat sans frais d'entrée on bat le livret A en seulement quatre ans (malgré 15 % de prélèvement libératoire et 12,3 % de prélèvements sociaux), figure 1(a). Dès que vous voyez de tels frais d'entrée, dirigez-vous vers la sortie.
La Caisse Nationale de Prévoyance a eu un rendement brut moyen de 3,73 % sur 2005–2010 (hors frais sur cotisations), alors que les quatre autres sont entre 4,34 % et 4,75 % (et ils n'ont pas de frais sur cotisations). Il y a donc beaucoup plus de différence entre la CNP et le peloton de tête qu'à l'intérieur de ce peloton de tête. Simplement en choisissant une assurance vie en euros sans frais sur cotisations et dont le rendement historique est correct, on a déjà fait 80 % du travail.
La figure 1(a) montre qu'un contrat en euros sans frais d'entrée fait mieux que le livret A sur quatre ans. Les autres concurrents des contrats en euros pour les investisseurs souhaitant immobiliser leur argent pendant quatre ans sont les comptes à terme. Aujourd'hui, la seule banque offrant des taux attractifs est VTB (vtb-direct.com), avec 4,15 % brut sur trois ans (2,85 % net), proche du rendement des assurances vie en euros en 2010.
Pour des placements sûrs sur quatre ans, on peut donc diversifier entre assurances vie en euros et comptes à terme (sans négliger le livret A et le PEL), et ainsi avoir des taux fixes et des taux variables, ce qui réduit la sensibilité aux variations de taux d'intérêt.
Une stratégie possible est :
Avec cette façon de procéder, on ne paiera que les prélèvements sociaux sur les intérêts car le contrat d'assurance vie aura alors huit ans (même si tout l'argent n'y aura pas été depuis aussi longtemps). On peut ainsi bénéficier des rendements de la figure 1(b) sans immobiliser son argent pendant près d'une décennie.
Avec des frais d'entrée, on paierait 500 € pour verser 10 000 € et ces 9 500 € fructifieraient pendant deux ans, rapportant (disons) 4 % net de prélèvements sociaux, soit 750 €. On a donc 10 250 € après deux ans : un rendement annuel net de 1,25 % — et après six ans d'attente ! (Avec un rendement brut de 3 % on aurait perdu de l'argent.)
Il est donc intéressant d'ouvrir des contrats d'assurance vie sans frais sur cotisations, même au minimum autorisé (généralement 500–1 000 €, plus rarement 250 €), pour démarrer la pendule et n'y repenser que plus tard. (On peut d'ailleurs aussi ouvrir un PEL et un PEA pour les mêmes raisons.) Le but est stratégique et non d'y gagner à court terme : des années plus tard, on bénéficie de rendements élevés sans devoir bloquer son argent pendant longtemps.
L'investissement en unités de compte (UC) est similaire à l'investissement en OPCVM (SICAV, FCP), mais avec l'avantage fiscal de l'assurance vie. Ce n'est qu'au-delà de huit ans que le taux d'imposition devient nettement inférieur à un compte-titre ordinaire : 12,3 % jusqu'à 4 600 € de gains par an et par personne. (On notera que les contrats en euros sont intéressants dès quatre ans et que le PEA est imposé à 12,3 % dès cinq ans.) En revanche, les fonds disponibles sont plus limités qu'avec un plan d'épargne en actions (PEA) ou un compte-titres ordinaire et il y a des frais annuels de 0,5–0,9 % (en sus du coût des fonds eux-mêmes).
Un investisseur peu averti fait ce que lui dit sa banque. Ses 10 000 € initiaux deviennent immédiatement 9 500 € à cause de 5 % de frais sur cotisations. Le coût annuel de l'assurance vie est par exemple de 0,9 % de l'encours plus 2 % pour les fonds. Si les marchés gagnent 8 % par an, le gain net de frais est donc seulement de 5,1 % par an (avant impôt). Après dix ans, ceci donne un gain d'un peu moins de 5 000 € (soit 4,1 % par an) après prélèvements sociaux (en supposant qu'aucun argent n'est retiré avant huit ans, sinon les impôts seront bien plus élevés). La moitié des gains est partie en fumée.
Sur un compte-titres ordinaire (qui ne bénéficie d'aucune défiscalisation), on peut investir sur les mêmes marchés pour environ 0,25 % initialement et 0,2 % par an ensuite grâce aux ETF (ces fonds sont rarement mis à disposition des investisseurs dans le cadre d'une assurance vie). Pour une hausse des marchés de 8 %, même après paiement des 12,3 % de prélèvements sociaux et du prélèvement libératoire de 19 %, le gain est encore de 7 650 € en dix ans, plus de 2 500 € de plus. L'assurance vie en unités de compte est un placement défiscalisé, c'est-à-dire qu'il vise à transférer de l'argent des caisses du fisc vers celles des banques et assureurs.
Ceux qui fuient la Charybde fiscale sont donc souvent dévorés par la Scylla bancaire. Deux leçons : (1) il faut réduire l'ensemble des coûts, et non seulement une partie — ne pas dépenser 1 000 € pour économiser 500 € d'impôts ; (2) les banques et assurances gagnent beaucoup d'argent avec ceux de leurs clients qui ne pensent pas à faire jouer la concurrence.
Sur un PEA le gain serait de 9 750 €, près du double de l'assurance vie ! Il peut sembler superficiellement que, comme le PEA de plus de 5 ans a la même fiscalité que l'assurance vie de plus de 8 ans (12,3 % de prélèvements sociaux et c'est tout), le rendement net aussi devrait être le même. Mais il faut noter que (1) le PEA n'a pas forcément de frais de garde, l'assurance vie si, et (2) le PEA offre un choix plus large de fonds, notamment les ETF. On remarquera en revanche que le PEA est plus rigide que l'assurance vie (impossibilité de retirer de l'argent sans clotûrer le PEA).
Le PEA a donc le meilleur rendement net pour les placements en actions. Mais on ne peut l'utiliser pour des obligations : pour les placements obligataires, on doit donc choisir entre les UC (qui coûtent cher en frais) et les comptes-titres ordinaires (qui coûtent cher en impôts). On peut choisir de donner au percepteur ou bien au banquier, mais il est difficile de garder son argent pour soi. Les frais des assurances vie en UC sont proportionnels à l'encours alors que les impôts sont proportionnels aux gains. L'assurance vie en UC a donc un meilleur rendement quand les marchés sont haussiers : des frais de 2,5 % de l'encours équivalent à 16,7 % des gains, un peu moins que le prélèvement libératoire, si le rendement annuel brut de frais est de 15 %. Mais ses coûts fixes la désavantagent pour des marchés stagnants ou à la baisse (si le rendement est de 5 % alors 2,5 % de l'encours correspond à 50 % des gains, beaucoup plus que le prélèvement libératoire). Vu que les obligations ont rarement des rendements de 15 % par an pendant huit ans, l'assurance vie en UC obligataires n'est pas un choix très attirant.
L'assurance vie en UC est donc paradoxale : sa fiscalité favorise des durées d'investissement supérieures à huit ans, domaine des actions et obligations ; mais les frais en font généralement une piètre façon d'investir en actions et obligations.
On notera aussi qu'historiquement une (bonne) assurance vie en euros aurait rapporté 4–4,5 % net sans aucun risque pour son capital, pas forcément moins qu'une assurance vie en UC obligataires dans une grande banque, mais avec beaucoup moins de risques. (Les contrats en euros sont essentiellement des placements en obligations dont le rendement est lissé pour en réduire la volatilité.)